70 ans déjà !  (Retour vers les parutions antérieures)
Septembre 2008 :1724 élèves et étudiants ont fait leur rentrée à De La Salle, ainsi que cinq nouveaux professeurs des écoles, au primaire, quatorze nouveaux professeurs et une jeune surveillante au Collège et au Lycée, à Queuleu, pour un effectif global de 135 enseignants.
Septembre1938 : les Frères ouvrent un collège de garçons, le Pensionnat St Joseph, qui prendra le nom d’institution De La Salle dans les années cinquante, au siècle dernier.
Aujourd’hui, l’aventure lasallienne continue et l’établissement poursuit inlassablement sa mission d’éducation auprès des jeunes. 70 ans au service des élèves et des familles, ce n’est pas reproduire ce qui a été réalisé à des époques différentes, c’est reprendre les intuitions fondamentales et la tradition pour créer et développer sans cesse un enseignement et une éducation adaptés aux besoins des jeunes d’aujourd’hui et de demain.
L’éducation est le nerf du progrès économique et social, donc de l’homme plus humain. Dans les fulgurances d’un monde ouvert, compétitif et désordonné, c’est elle qui prépare l’avenir tel que nous le choisissons et non tel que nous pourrions le subir. C’est cela l’école lasallienne quand il y a un respect profond pour chaque élève comme personne unique, quand il y a un esprit de communauté, quand l’école propose "une éducation de qualité", quand elle mérite réellement l’adjectif chrétien, quand elle manifeste la solidarité avec les pauvres et promeut la recherche de la justice et de la paix, quand les personnels d’administration, d’animation, de service et les enseignants ont fait leurs les caractéristiques de l’éducation lasallienne et quand la communauté scolaire est bâtie en référence à l’histoire de Jean-Baptiste de La Salle.
Ces quelques pages vont évoquer l’histoire de l’établissement à Queuleu, rappeler des souvenirs non pas pour exalter un passé, pas si lointain que ça, mais pour mieux appréhender le futur et construire l’école lasallienne de demain.

Jean-Marie MICHALIK


Les articles du Républicain Lorrain (28 novembre 2008) :

     
 

Quelques photos du 28 novembre 2008 :

 
Les collégiens courent pour l'APSEM   Les participants au tournoi de football
     
 
Plantation du cèdre du souvenir   Sur le parcours du questionnaire "De La Salle"
     
 
Célébration dans la chapelle   Un ancien élève pour chaque année, de 1938 à 2008 !

Naissance de l’institution de La Salle à Queuleu sous le nom de Pensionnat Saint Joseph en 1938

L’institution de La Salle a une longue histoire très mouvementée, parfois dramatique : fermeture d’établissement, exil, suite aux décisions politiques de l’Allemagne et de la France. Les racines De La Salle plongent en plein 19ème siècle.
La loi Falloux sur la liberté de l’enseignement votée le 15 mars 1850 a favorisé l’enseignement confessionnel. Mgr Dupont des Loges appelle les Frères en Moselle. En 1854, ils ouvrent le Pensionnat St Joseph dans un quartier de Thionville, à Beauregard. Il est devenu un hôpital où domine une chapelle néogothique. Ce joyau dessiné par le Frère Arnould Joseph surplombe l’autoroute en direction de Luxembourg.
Après l’annexion de la Moselle par l’Empire Allemand, les lois prussiennes de Bismark (Kulturkampf) ont contraint les Frères de fermer le Pensionnat qui s’est réfugié à Longuyon, en Meurthe-et-Moselle, en 1874. La loi inique française du 7 juillet1904 interdisait aux congrégations religieuses d’enseigner. Un nouvel exil ! Les Frères sont obligés de s’expatrier en Belgique et ouvrent le pensionnat St Joseph à Hachy, près d’Arlon et qui fermera ses portes durant la dernière guerre mondiale de 1939-45.

La revue trimestrielle du Pensionnat de HACHY annonça, au début de l’année 1936, le transfert imminent du pensionnat à METZ-QUEULEU, tant souhaité par beaucoup de Lorrains scolarisés à Hachy. Un plan assez sommaire laissait figurer l’ampleur du projet qui s’étendait tant sur la rue Saint-Maximin, où les premiers bâtiments furent occupés en 1938, que sur la rue Devilly, seulement mis en service en 1991. Ces multiples travaux de construction s’étalèrent sur plus de 50 ans. Au cours du temps, fut abandonnée la mise en chantier d’un corps de bâtiment en
forme de U.

Les plans de l’architecte CRIQUI furent approuvés par les services des beaux-arts, de l’architecte du gouvernement et d’administration académique. Frère Joseph HAAS fut chargé de superviser les travaux de construction. L’entrée du futur pensionnat fut fixée à l’angle de la rue Saint-Maximin et Devilly sur la vaste propriété offerte par le Vicomte Maurice du Coëtlosquet, grand bienfaiteur des Frères. La chronique messine ne tarissait pas d’éloges sur la générosité de cet homme simple et dévoué qui visitait l’école Saint-Vincent pour découvrir ce qui manquait. Quand on lui parle de bonne oeuvre, il répond : "Mes écoles... mes écoles avant tout.. en sorte que partout, on dit que Monsieur du Coëtlosquet ne vit que pour les Frères et leurs écoles... Qu’il ne lui manque plus que l’habit”.

Il proposa aux Frères à la fin du 19ème siècle de créer, sur cette propriété de Queuleu, une école pratique d’agriculture, d’horticulture et de viticulture, attachée à l’école Saint-Vincent, pour maintenir les enfants à la campagne. Suprême récompense de leurs efforts, l’exposition de 1893 leur attribua une médaille d’or et une d’argent. A Queuleu, loin des oreilles ennemies, les Frères maintenaient la flamme patriotique en enseignant en français alors que la langue allemande était obligatoire.

Lors de la cérémonie officielle du 7septembre1936, Monseigneur PELT, évêque de Metz, procéda à la bénédiction et à la pose de la première pierre en présence de nombreux notables dont les Frères Athanase-Emile, Assistant et Léonce, Visiteur du District de Reims, le colonel PERREY, Commandant le 3ème dragon, représentant le gouverneur de Metz, M. Gabriel HOCQUARD, Adjoint au Maire ; les architectes CRIQUI et BOIVIN, les entrepreneurs MANGIN et fils, etc. Le texte qui fut mis dans un tube de verre scellé et déposé dans la 1ère pierre avait été paraphé par les notables présents. Il rappelait l’histoire du pensionnat depuis son origine en 1854 placé sous le patronage de Saint-Joseph. La première partie des bâtiments fut inaugurée le 17 Juillet 1938 et bénie par Mgr. HEINTZ qui évoqua ses souvenirs d’enfance passée à Reims dans une école des Frères : “Etre parmi vous, c’est pour moi un devoir épiscopal, bénir votre nouveau collège, c’est
plus encore un devoir de reconnaissance.” Son excellence étant entourée du Général HIRSCHAUER, Sénateur, de M. Hocquard, 1er adjoint, et du Général BRION.

En septembre de la même année, ce fut la première rentrée des élèves des classes du cours moyen à la classe de 4ème, sous la direction de Frère julien KINDIG.
A la déclaration de la guerre le 1er septembre 1939, les Frères furent contraints à fermer l’internat. Au mois de mai 1940, les allemands envahirent la France, le pensionnat fut fermé et les Frères furent expulsés en zone libre. En septembre, les Allemands s’installèrent dans l’école, abattirent les cloisons et la transformèrent en une usine.

Après la guerre, le Pensionnat renaît en devenant Institution de La Salle

La guerre avait laissé des traces importantes. Après des mois de remise en état, le pensionnat baptisé Institution de La Salle rouvrit ses portes seulement en 1947 pour accueillir des élèves du cours moyen à la classe de 5e. Puis fut ouverte chaque année la classe supérieure suivante. Frère Léonce FLAMANT, grand bâtisseur, qui dirigea l’école de 1947 à 1966, entreprit la réalisation de l'immense projet conçu par l’architecte CRIQUI. Avec persévérance et foi dans l’avenir, les bâtiments sortirent de terre l’un après l’autre.

Une partie imposante du projet fut accomplie. Quelques villes françaises, REIMS, PARIS, ROUEN, se mobilisèrent pour fêter dignement en 1951, le Tricentenaire de la naissance de Saint-Jean Baptiste de La Salle. A Metz, les fêtes grandioses se déroulèrent pendant deux jours. Le samedi 9 juin fut marqué par l'inauguration de l'exposition lasallienne à la foire exposition par le Frère Athanase-Emile, Supérieur Général qui coupa le ruban symbolique, sous les accents de la Marche Lorraine, chantée par les élèves de l’Institution de La Salle, sous la baguette du Frère Arduin. Ce fut M. Georges SACKSTEDER, président de l’Amicale, qui prononça le discours de bienvenue.

Le dimanche matin 10 juin, une messe pontificale fut célébrée à la cathédrale sous la présidence de Mgr. HEINTZ. La Maîtrise de Queuleu, renforcée des scolas de Saint-Augustin et de Saint-Vincent, exécutèrent la messe” Salve Régina’ à quatre voix mixtes de Stahie, avec brio, sous la baguette de Frère Arduin qui a réussi à fondre harmonieusement les trois groupes. Mgr. Le COUÉDIC, Evêque de Troyes, bien connu pour son éloquence, fit le panégyrique du Saint-Fondateur. La sortie de la messe se déroula aux accents de la Marseillaise Lasallienne, “Honneur à toi”, qui à peine entonnée fut reprise par cinq mille voix pour chanter les louanges de Jean-Baptiste de La Salle.

A la sortie de la cathédrale, les invités se dirigèrent vers le salon d’honneur de l’Hôtel de Ville pour la réception officielle présidée par M. Raymond MONDON, Député-Maire. Dès que fut arrivé de Paris M. Robert SCHUMAN, Ministre des Affaires Etrangères et Vice-Président d'honneur de l’Amicale des Anciens élèves, M. MONDON le remercia d’avoir bien voulu honorer de sa présence les solennités de ce jour. Il adressa son discours de bienvenue aux nombreux invités et aux personnalités dont le Supérieur Général, M. SCHWARTZ, Sénateur-Maire
de Thionville, M. SCHAFF Député-Maire de Montigny-les-Metz, M. DRIANT, Sénateur, etc.

Après la réception à l’Hôtel de Ville, un banquet de 500 couverts était dressé dans le grand hall de l’exposition. Beaucoup de toasts
de circonstance furent échangés. Voici un extrait de celui de M. Robert SCHUMN : En ce jour du tricentenaire, il rappela que l’Institut des Frères des Ecoles Chrétiennes comptait 14000 Frères dans le monde enseignant et 420000 élèves puis il ajouta : “Si les Frères ont pu, sans le vouloir et sans le chercher, trouver une place de premier plan dans la vie de la nation française: c’est parce qu’ils vont au peuple, c’est parce qu’ils savent parler au peuple. Et le peuple sait le reconnaître”.
Un brillant conférencier, mondialement connu, Raoul FOLLEREAU, surnommé “le vagabond de la charité”, sut par son talent, faire vibrer le public en brossant un tableau vivant de Saint-Jean Baptiste de La Salle et de son oeuvre dans le monde. Il lui attribua l’étiquette inattendue mais expressive de "Premier Ministre de l'Education Nationale" sans oublier dans son élan Saint-Vincent de Paul “Ministre de la Santé Publique”. La fête avait commencé en musique, elle se terminait en musique par l’oratorio de Saint Jean-Baptiste de La Salle écrit par Joseph NOYON. 110 choristes avec l’orchestre du conservatoire menés de main de maître encore par le Frère ARDUIN, terminèrent en apothéose ces fêtes du tricentenaire, sous les applaudissements chaleureux du public. M. Paul DURAND, Président du Comité Messin des Fêtes du tricentenaire fut le grand organisateur de ces jours mémorables. M. DRILLIEN, architecte municipal de la ville de Metz prenait la succession de M. CRIQUI décédé. Il construisit l’aile perpendiculaire au bâtiment longeant la rue Saint-Maximin. Elle comprenait deux étages de classes et deux étages de dortoirs qui furent occupés à la rentrée d’octobre 1952. La classe de 1ère moderne vit le jour. L’année suivante, la classe de mathématiques élémentaires complétait le cycle d'études secondaires de l'Institution.