"Des adieux ébouriffants" pour le départ à la retraite de M. Engel Nul doute que cette année, pour les professeurs de cet établissement, la recherche matinale et puérile des œufs de Pâques sera teintée d'un peu de nostalgie, et d'une émotion quasi larmoyante : comment, en effet, ne pas établir de parallèle entre la forme ovoïde de ces délices tant convoitées et le galbe lisse du crâne de celui qui s'apprête à nous quitter ? Car il faut bien se rendre à la réalité : au mois de juin prochain, quand la touffeur estivale aura ankylosé les capacités intellectuelles de nos élèves avachis dans leurs classes surchauffées, Monsieur Engel fera valoir ses droits à la retraite, après quelque quarante ans de loyal sacerdoce. On n'entendra plus alors sa voix de stentor tonitruer dans les couloirs, pour rappeler virilement, à quelque sauvageon récalcitrant, qu'il enfreint peu ou prou les articles d'un règlement draconien. On ne verra plus sa blouse blanche, traditionnelle défroque des disciples de Pythagore, virevolter dans un tourbillon crayeux devant le tableau noir, où notre éminent collègue a griffonné tant d'axiomes sibyllins et de théorèmes fallacieux devant ses collégiens ébaubis ! Reste à savoir quel cadeau nous offrirons à notre ami dégarni : fi du sèche-cheveux dernier cri et du nécessaire à brushing. Nous opterons plus raisonnablement pour une chancelière de chez Damart, ou un relax de chez Conforama qui, sans faire preuve d'une originalité décoiffante, auront au moins le mérite d'assurer le confort douillet de ce mathématicien méticuleux qui, dans ses calculs les plus échevelés, sut toujours faire rimer raisonnements abscons et autodérision. Daniel Farinotti